Ses idées revêtirent comme un crêpe qu’il s’attacha à dissimuler du mieux qu’il put, sans parvenir toutefois à dérober totalement le voile noir aux yeux de ceux qui l’entouraient.
Un phénomène analogue modifia les allures de la rieuse Maïna.
On n’entendit plus les éclats de sa voix fraîche résonner dans tous les coins de la maison.
Joël, toujours empressé autour de sa cousine, lui fit la remarque qu’elle avait de trop fréquents nuages sur le front.
A quoi Maïna répondit que le temps effacerait sans doute ces teintes grises, dissiperait ces brumes flottant sur sa jeunesse.
Elle le dit de bonne foi, n’étant pas de celles qui se complaisent dans les pensers mornes et tristes. Et, ce faisant, elle avait raison de compter sur la bienfaisante influence des années.
Il est vrai que cet événement contribua à faire de la jeune fille charmante une femme accomplie.
Les soins donnés aux douaniers pendant la terrible nuit de la tempête, son assiduité au chevet de Mme du Closquet avaient accoutumé ce jeune esprit aux graves réflexions.
Comme le vieillard auprès duquel elle avait grandi en beauté, en grâce et en vertu, elle se mit à aimer les pauvres et les déshérités de ce monde. Ce fut aux malheureux qu’allèrent spontanément ses prédilections, et, tout de suite, elle prit l’habitude du bienfait.
Alors, chaque jour, elle réserva ses heures pour les visites à faire aux plus humbles foyers.