Que signifiaient ces paroles du vieux praticien, de l’homme qui avait passé la meilleure partie de sa vie dans la lutte contre « l’ombre » ?
Saluait-il la majesté de la tombe seulement, ou hésitait-il devant une question surgissant inattendue devant ses yeux ?
Maïna n’osa l’interroger. Elle sentait trop bien ce que ce laconisme contenait de mystères insondables.
De tout le jour, le vieillard n’ajouta pas un mot.
Il s’était confiné dans le domaine des méditations profondes. Et tout le monde en put suivre la trace sur son visage, au recueillement avec lequel, le surlendemain, il suivit, à l’église et au cimetière, les détails de la funèbre cérémonie.
Lorsque le caveau des du Closquet s’ouvrit pour recevoir la dépouille de la sainte femme qu’on allait laisser dormir son dernier sommeil sous ces voûtes de pierre, Hugh Le Budinio, marchant à la suite des représentants, d’ailleurs rares, de la famille, demeura longtemps les yeux fixés, le front penché sur la grille qui bordait le petit monument de granit.
Quelque chose, en effet, venait de se briser dans sa propre existence. Une longue et inaltérable amitié venait de se clore, au bord de cette fosse qui dévorait toute une existence d’honneur et de charité.
Ah ! oui, il avait raison de le dire. De tels spectacles, « ça donne à réfléchir. »
A partir de ce moment, le caractère du médecin changea presque entièrement.
Sans se départir complètement de la gaieté qui avait fait jusque-là le fond de ce caractère, il prit une nuance très accusée de mélancolie.