— Que dis-tu de cela ? — demanda le vieux docteur, en étendant la main vers l’horizon.

— Je dis, — répondit Joël, très sincère, — que c’est là un spectacle merveilleux sur lequel nous avons le grand tort de nous blaser.

Hugh Le Budinio releva vivement cette juste et précise remarque.

— De nous blaser, dis-tu ? Parle pour toi, garçon. Moi, voilà plus de trente-cinq ans que je regarde ces choses sans m’en lasser. Je dirai même plus. Je leur trouve, chaque fois, un aspect nouveau, une séduction plus puissante. Et si Dieu m’accordait le repos auquel je crois avoir droit, il me semble que je passerais mes derniers jours dans la contemplation de ces merveilles sans égales.

Il parlait sur le ton de l’enthousiasme, et Joël se demandait à quoi allait aboutir cet exorde.

— Vois-tu, garçon, — reprit Hugh, — j’ai beaucoup réfléchi, dans ma vie, mais je ne l’ai jamais tant fait que depuis la mort de cette sainte créature que nous pleurons tous. Ça va te paraître un peu incohérent, peut-être, ce que je te dis là, et, qui sait ? peut-être te dis-tu que le vieil oncle n’a plus la tête bien solide, n’est-ce pas ?

Il se tourna, et regarda en riant le digne homme qui protestait avec énergie.

— Très bien. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que tu te dis : « Tout cela n’a aucun rapport avec ce que j’ai à dire à mon oncle, et, pour peu qu’il continue, nous passerons la nuit sur le Grand-Bey sans avoir touché seulement au sujet de la conversation. » Patience, mon fils, nous allons y revenir, sois tranquille.

Où en étais-je ? Ah ! bien ! Je te rappelais que j’ai beaucoup réfléchi depuis la mort de cette bonne madame du Closquet. Eh bien ! mes réflexions valent que je t’en fasse part. Elles ont au moins le mérite de l’âge et sont le fruit de l’expérience. Et si, comme tu vas me le dire tout à l’heure, tu as fermement l’intention de continuer ici même ma besogne, de me succéder, en un mot, elles pourront t’être de quelque profit.

Maintenant, écoute-moi, sans te fatiguer.