Le jeune homme acquiesça respectueusement au désir du vieillard.

— Écoute, Joël, — reprit celui-ci, — tu es médecin comme moi, par conséquent, comme moi, mieux que moi peut-être, tu sais tout ce que tout homme de notre art doit savoir.

Tu connais l’être humain à fond, ou, du moins, tu crois le connaître, parce que, le scalpel à la main, tu as disséqué la pauvre carcasse animale dans laquelle loge cet inconnu qu’on nomme l’âme.

Tu sais qu’il existe une charpente osseuse chez les vertébrés, qu’à cette charpente douée de vie elle-même viennent s’adapter les tendons et les muscles, les cartilages et les viscères, qu’au travers de ces parties circule le sang et rayonnent les nerfs, les nerfs, double système d’expansion et de contradiction qui donne naissance à la nutrition et à la sensation, conséquemment à la vie.

— Oui, mon oncle, — fit Joël, — je sais tout cela.

Et un vague sourire courut sur ses lèvres, sourire dû autant à l’ironie devant cette leçon d’anatomie qu’à l’admiration éprouvée en face de cette facilité du vieil homme de synthétiser aussi clairement l’objet de ses études physiologiques.

Hugh Le Budinio poursuivit :

— Tu sais tout cela, et, sans doute aussi, bien d’autres choses, et, en l’espèce, tu n’en sais pas plus que les vieux maîtres de l’humanité, les pères de la médecine. — Mais, il est une chose qu’on a dû oublier de t’apprendre, ainsi qu’on l’oubliait déjà de mon temps, et cette chose, l’expérience, la pratique de la cure t’en révéleront la lacune.

On a oublié de t’enseigner la méthode selon laquelle tu dois faire mouvoir ta pensée à la recherche des causes.

Il s’interrompit, et, cette fois, Joël eut honte de son sourire. Ce vieillard entrait avec une souveraine majesté dans le domaine abstrait de la science. Il frappait à la porte du temple, et sans respect des initiés vrais ou faux, il portait une main audacieusement profanatrice sur le voile qui couvre les arcanes de la création.