Pour se marier, c’est-à-dire pour entrer en ménage, pour fonder une famille, il faut avoir quelques ressources par devers soi, car il faut vivre, et c’est là la première des obligations.
As-tu ces ressources, mon bon Joël ?
Le jeune homme secoua la tête. Mais il avait prévu l’objection. Il y répondit donc en homme résolu :
— Non, mon oncle, je ne les ai pas présentement, mais, Dieu aidant, je saurai me les créer.
— C’est hasardeux, mon garçon, et c’est toujours pénible, tu peux m’en croire.
— N’y êtes-vous point parvenu vous-même, mon oncle ? Ce que vous avez fait…
— Tu le feras ? Oui, je connais cette riposte. C’est une parole brave. Seulement, moi, je n’étais point marié et je débutais en un tout autre temps. On admettait alors certains sacrifices, certaines abnégations que le changement des conditions de l’existence rend impossibles aujourd’hui. Tu ne peux obliger ta femme à vivre de pain sec et de fromage à tes côtés.
Joël risqua le tout pour le tout, faisant revivre ses précédentes espérances :
— Mais, mon oncle, n’êtes-vous pas là ? Nous ne songeons pas à vous quitter, et l’apport de mon travail contribuera à faire la part commune meilleure. D’ailleurs, Maïna possède bien quelque chose pour défrayer notre entrée de jeu ?
Le vieux docteur fit halte, et, avec un effort visiblement pénible, répondit :