On le savait si occupé, si absorbé, le vieux docteur, providence des pauvres, soutien des malades de la bonne ville de Saint-Malo !

Et il s’en alla ainsi, de son allure encore verte et jeune, malgré ses soixante-cinq ans d’âge, qui étaient surtout soixante-cinq ans de labeur opiniâtre et de dévouement dépensé sans compter.

Or, ce jour-là, il allait loin, — non dans sa clientèle aisée de la rue Saint-Vincent et du quai Duguay-Trouin, — mais par là-bas, hors des murs, sur le Sillon et jusque dans le faubourg Rocabey.

Car c’était là son milieu de prédilection.

Il aimait à donner ses soins à cette population pauvre, à ces braves gens dont une moitié de l’existence se passe à la mer, et dont le dénûment robuste et vertueux n’a point d’envie à l’encontre des heureux de la terre.

Il les avait soignés quarante ans, n’ayant jamais d’ambition plus haute, connaissant trop bien le peu qu’est l’homme pour attacher quelque importance aux hochets de la vanité humaine.

Au reste, fils et petit-fils de marines, Hugh Le Budinio n’estimait guère que les marins en dehors de sa propre carrière.

Encore n’était-il pas bien sûr qu’il n’eût pas suivi la carrière ancestrale de préférence à toute autre, n’eût été une légère claudication qui l’avait rendu impropre au service militaire.

Personnellement, il n’était point un fils de Saint-Malo.

Il était de l’autre côte, de celle du Morbihan, par son père, et lui-même était né loin, bien loin de ces rives de Bretagne, dans l’Inde, en des temps où la guerre entre Anglais et Français rendait les colonies fort dures pour les expatriés des deux pays.