Sa mère était morte lui laissant une maison, et, comme elle était Malouine, force avait été au jeune Hugh de venir s’y installer le jour où, après un séjour de cinq années sur les vaisseaux de l’État, il s’était établi à demeure sur le vieux rocher.
Aussi bien sa réputation était-elle universelle et « sa grandeur ne l’attachait-elle point au rivage. »
On venait de loin pour le consulter, d’Avranches, de Coutances, de Dol, de Dinan. Lui-même poussait ses bienfaisantes visites jusqu’à Dinard et Paramé, dans la saison, auprès des baigneurs et surtout des baigneuses, foule bigarrée, cosmopolite, oiseaux de passage, venus à tire-d’aile des horizons de l’Est et plus particulièrement de Paris.
Oh ! le brave, le saint homme que ce docteur Le Budinio !
Avec quelle ferveur pieuse les pauvres gens prononçaient son nom qu’ils couvraient de bénédictions !
Quelle pure et abondante charité il semait, il répandait autour de lui, ne faisant pas seulement l’aumône de la prescription, mais celle du remède !
Combien de fois, devant les mines désolées et abattues des malheureux, regardant, hébétés, l’ordonnance, n’avait-il pas tiré de sa poche les pièces blanches, rares, pourtant, dont il fallait payer la drogue au pharmacien !
Oui, on pouvait l’appeler un saint, celui-là, sans crainte de se tromper !
Et, avec cela, d’une patience et d’une douceur inaltérables !
Chez lui la parole était rare, à l’habitude. Il lui arrivait pourtant de devenir loquace, quelquefois, lorsqu’il s’agissait de décider quelque vieux bronzé de l’Océan à se laisser soigner selon les exigences du mal.