A ces moments, la faconde du docteur empruntait ses effets à tous les vocabulaires.
— Voyons ! tonnerre ! espèce d’entêté, est-ce que tu crois que je viens ici pour mon plaisir ? Si ta peau de requin ne me tenait au cœur que dans la mesure de sa valeur, c’est moi qui te larguerais en grand à tous les courants de la côte. Tu vois donc que c’est seulement pour te guérir que je viens. Allons ! tiens bon, mon gars, je vais te glisser ce bonbon-là en douceur.
Il va sans dire que le « bonbon » était toujours un de ces produits abominables de la pharmacopée ancienne et moderne, qui provoquent des nausées et tournent le cœur aux moins sensibles. Car le docteur Le Budinio n’était pas pour les atténuations et les palliatifs. Un remède est un remède ; ce n’est pas une gourmandise.
On comprend que, de la sorte, il n’eût recours ni aux pilules, ni aux cachets, si couramment employés de nos jours.
Ce matin-là, c’était donc uniquement chez les pauvres que le docteur Le Budinio avait affaire.
Du plus loin qu’on le vit paraître à la descente du Sillon, ses clients ordinaires de Rocabey se portèrent au-devant de lui.
Ces silencieux d’habitude, et c’était peut-être à leur contact que le vieux praticien avait contracté son laconisme, se mettaient en frais.
Le docteur fit rapidement ses visites, il avait hâte de rentrer.
Et, par bonheur, le stock des malades n’était pas considérable. Il eut promptement fait le tour des humbles demeures.
Entre temps il allongea quelques tapes amicales sur des figures joufflues de gamins et de fillettes, garnements saturés d’iode et d’oxygène, futures compagnes et mères de matelots.