Et, tout aussitôt, elle reprit :
— Mais, alors, que suis-je donc pour vous ?
Une même pensée venait, tel qu’un éclair sinistre, de jeter une morne lueur dans leurs esprits.
Si Véronique n’était point la nièce du docteur Le Budinio, comment fallait-il donc nommer le lien qui l’unissait au vieillard ?
Y avait-il, dans le passé de cet homme vénéré de tous, quelque page inconnue, sur laquelle s’était inscrit un souvenir pénible ?
Avait-il donc attendu cette circonstance solennelle pour révéler à l’intéressée le véritable droit qu’elle avait sur son cœur ?
Mais non ! toute la vie de Hugh Le Budinio protestait contre un tel soupçon, dont le front de Joël rougissait à présent, dont le remords oppressait la poitrine de Maïna.
Et même, en ce moment précis, le beau visage du vieux médecin se revêtait d’une majesté qui parut le grandir et l’ennoblir encore aux yeux des deux jeunes gens.
Il reprit, la voix plus sûre, maintenant que le coup était porté :
— Je n’ai jamais eu qu’un frère : c’était le père de Joël. Je n’ai donc pas de nièce, mais un neveu, et c’est Joël. Si je vous fais part de ces détails, c’est pour que vous n’ignoriez rien, pour que vous sachiez bien tous les deux que Joël seul est mon héritier, que Maïna ne pourrait être qu’une légataire, si, ce qui n’existe point, hélas ! il pouvait être question de succession ou d’héritage, quand on parle du vieux Hugh Le Budinio.