Cette fois, le cri qui jaillit de la poitrine de Maïna ne révéla que le chagrin.

— Et alors, je ne vous suis rien, moi, mon oncle ?

Ces mots « mon oncle » avaient traduit l’habitude de son pauvre cœur endolori.

Elle courut à lui et, haletante, se laissant tomber à genoux, elle couvrit de baisers sa main droite qu’elle avait saisie, murmurant, à travers ses sanglots :

— Vous savez bien que je ne m’inquiète pas d’héritage ; que je ne tiens qu’à une chose, moi, c’est à être le plus près qu’il soit possible de vous, pour vous rendre en affection tout ce que vous m’avez fait de bien, jusqu’ici. Vous savez que ce titre de nièce est la seule joie que j’aie eue depuis mon enfance, et que je ne renoncerais pour rien au monde à ce nom.

Le vieillard s’était penché.

Il enlaça de ses deux bras l’enfant, la releva et la tint étroitement serrée sur son cœur, appuyant ses lèvres sur les boucles soyeuses de ce front virginal.

— Allons ! — prononça-t-il doucement, — ce nom n’est pas le plus doux qu’une bouche humaine puisse prononcer. Si tu n’es point ma nièce, n’es-tu point ma fille, la vraie fille de mon cœur, et moi qui ne devais point connaître les joies de la paternité, n’ai-je pas trouvé en toi, ma Maïna, la plus douce, la plus aimante et la plus aimée des enfants ?

Peu à peu, les larmes de la jeune fille s’étaient arrêtées. Les dernières perles coulaient encore sur ses joues roses, que la joie s’allumait déjà dans ses beaux yeux et sur sa bouche mutine.

— Alors, — fit-elle avec allégresse, — il n’y a que le nom de changé, et au lieu de vous nommer « mon oncle », je puis vous appeler « mon père » ? — Eh bien ! je vous demande, les mains jointes, de me dire quelles furent les circonstances qui ont fait de moi votre fille.