Moi, je m’efforçai de l’être, et je courus au danger.
Il semblait que ce récit fatiguait visiblement le vieux docteur, car sa tête s’inclinait, son buste avait des tressaillements, et son organe, très clair à l’ordinaire, se voilait maintenant et prenait de sourdes résonances.
— Ah ! oui, — continua-t-il, — le mal asiatique frappait de terribles coups ! Les statistiques officielles ne disent jamais ces choses-là, car il s’agit de ne point effrayer les populations. A Dinan, le chiffre des morts fut considérable. Moi, j’échappai sans trop de peine. Mon heure n’était pas venue.
Un soir, comme je me disposais à rentrer par le bateau, je m’entendis héler par une paysanne.
Je suivais le chemin de halage, le long de la Rance, en attendant le départ. Celle qui m’appelait était une femme encore jeune, qui fuyait, portant un enfant dans ses bras, et en traînant deux autres accrochés à ses jupes.
— Monsieur le docteur ! — m’appela-t-elle, — monsieur le docteur !
Je prévoyais ce qu’elle allait me dire : une demande de consultation en plein vent. Ça ne coûte rien et le paysan n’était pas riche en ce temps-là. Je me mis donc en devoir de la lui donner.
Je me trompais. Il n’était point question de cela.
La femme était brave ; elle était bonne aussi, faisant le bien à sa façon.
Elle me montra du doigt une maisonnette, une cabane située tout au bord du chemin, sur la berge.