Maintenant, ils voyaient bien ce qu’allait être la fin du récit.

Pourtant, ils écoutèrent religieusement l’épilogue du vieux docteur.

— Je pris la petite fille au berceau. Elle dormait. Et je te jure, Maïna, quoi qu’en puisse penser Joël à l’heure présente, que tu n’as jamais été plus jolie qu’en ce moment-là.

La nourrice me donna ton nom, le lendemain, quand je revins pour la voir. Tu te nommes Marie-Anne-Véronique… et rien de plus. De Marie-Anne, elle avait fait Marianna, ou plutôt Maïna, ce nom gaélique que nous t’avons continué et qui te rend plus chère. — Déjà, tu étais aux bras de Tina, et tu remplissais notre pauvre demeure de ton gazouillement d’oiseau sans plumes.

Que te dirais-je de plus ? — Tu n’avais ni père ni mère. La noble et pauvre créature qui venait d’en suppléer le rôle auprès de toi, s’était, elle aussi, enfuie de la terre. Il ne te restait que l’appui et la protection du docteur Le Budinio. Tu devins ma fille. La loi exige vingt années de soins pour donner droit à l’adoption. Dans deux ans d’ici, si je suis encore de ce monde et que tu y tiennes, la loi consacrera officiellement cette filiation.

La jeune fille s’était levée. Elle courut se jeter d’un bond dans les bras du vieillard.

— Oh ! mon père, mon père ! Je puis bien vous donner ce nom, car qui plus que vous y aurait droit ? Mais je vous remercie doublement de m’avoir raconté cette histoire. Elle ne m’apprend pas seulement mon origine. Elle me dicte mon devoir, un devoir que mon cœur m’avait déjà tracé.

— Et quel est ce devoir, selon ton cœur, mon enfant ? prononça Hugh Le Budinio avec une tendresse infinie.

— Celui de ne vous quitter jamais, — mon père, jamais, vous entendez bien. C’est Dieu qui m’a donnée à vous ; c’est Dieu seul qui a le droit de me reprendre. Mais, — ajouta-t-elle, avec un délicieux sourire, — je vous tiens trop bien, je vous aime trop pour qu’il veuille rompre aujourd’hui ce qu’il a lié, il y a dix-huit ans.

Joël n’avait point élevé la voix au cours de cette déclaration.