— Sans doute, mon oncle, sans doute. Mais voilà. Mme du Closquet a pensé que peut-être Maïna, qui mourait littéralement de faim, trouverait plutôt chez elle le déjeuner qu’il lui fallait tout de suite.

Ici Tina Kerbiel intervint, se sentant en cause.

— Si l’on peut dire, monsieur Joël ! Alors, vous croyez, comme ça, que la mignonne n’aurait pas trouvé ici un morceau en arrivant ? Alors, vous croyez que la vieille Tina a tout à fait perdu l’esprit, qu’elle n’avait pas pensé à la petite ? Eh bien, tenez, pour vous humilier, je vas vous montrer ce que je lui avais préparé pour son retour, à cette enfant-là.

Joël protesta de toutes ses forces.

— Ma bonne Tina, je te jure que je ne le crois pas. Ce n’est pas moi qui ai cru cela ; c’est Mme du Closquet, te dis-je.

— Eh bien ! Je l’attends, moi, Mme du Closquet, et je vais bien l’arranger, je vous le jure. Mais non. Faut que vous voyiez tout de même ce que je lui avais préparé.

Elle courut à la cuisine et en rapporta un compotier soigneusement couvert.

Quand elle en eut soulevé le couvercle, Joël aperçut une vingtaine de magnifiques crêpes à peine refroidies du feu de la matinée.

Mais, tandis que le jeune homme et le vieillard s’oubliaient à considérer les appétissants cornets de pâte, une main blanche passa entre la tête de Joël et celle de Tina, absorbée dans sa démonstration, prit au vol trois ou quatre crêpes en tas, pendant qu’une voix rieuse et mutine s’écriait au-dessus des spectateurs ahuris :

— Ça doit être joliment bon, ça ; merci, Tina !