Ce ne fut qu’un cri.

Tout le monde s’était levé et Corentine avait eu juste assez de présence d’esprit pour déposer le compotier sur la table au lieu de le laisser tomber par terre.

Et, pendant quelques minutes, ce fut un véritable duel entre la servante et son vieux maître pour savoir lequel des deux donnerait le plus de baisers à l’arrivante.

Était-elle jolie cette Maïna !

Des cheveux blond cendré, un teint de camélia, des yeux d’un bleu gris qui rappelait les calmes d’été de la Manche, un buste de déesse, une taille de guêpe, de beaux bras ronds, des mains et des pieds d’enfant, voilà ce que possédait d’ensemble celle que le docteur Le Budinio appelait sa filleule, qui, elle, le nommait « mon oncle », et dont la vieille Tina ignorait, quelques heures plus tôt, le vocable agaçant de Véronique.

— Et d’où sors-tu ? — demanda le docteur quand il eut recouvré le sens.

La jeune fille, très disposée à la gaieté, répliqua :

— Je sors de chez Mme du Closquet et j’entre chez mon excellent oncle. Et si vous n’étiez pas tous stupéfaits comme vous l’êtes par mon arrivée, vous auriez déjà remarqué que je n’étais point seule.

Le docteur, Tina et Joël se retournèrent en même temps.

Le chambranle de la porte encadrait une bonne et belle figure de vieille femme dont la toilette, un peu antique, ne déparait en aucune façon les traits nobles et marqués du cachet aristocratique de la race.