C’est que Mme Catherine-Tiphaine du Closquet était la dernière descendante de l’un des héros du combat des Trente.

Elle tenait de ses aïeux une fortune assez médiocre, mais son mari, qui possédait des terres à Paramé et à Dinard, avait gagné énormément d’argent le jour où ces deux plages s’étaient créées. Elle jouissait présentement d’un capital de deux millions, dont la rente, à trois et demi pour cent, passait presque tout entière en bonnes œuvres.

La vieille dame avait, en effet, coutume de dire en riant :

— J’ai trois héritiers : le plus rapproché est un dissipateur ; — je lui fais une réserve pour ses vieux jours ; le second est un officier de marine qui aura besoin de moi pour se marier à sa guise ; quant au troisième, père de famille, économe et laborieux, il me croit pauvre. Ma mort lui fera une surprise, mais il m’aura déjà rétribuée en vraies larmes bien sincères.

De fait, Mme Tiphaine, ainsi qu’on la nommait dans l’intimité, avouait soixante ans et en portait gaillardement soixante-quinze, l’état civil ne faisant pas grâce d’un jour à ceux qu’il dénomme.

Il n’y avait aucune coquetterie dans le cas de la vieille dame. Mais très caustique sous une apparence enjouée, elle disait encore :

— Je retarde ainsi de quinze ans la cour intéressée que l’on pourrait me faire, et j’avance de quinze années la mise au monde de mon testament.

A sa vue, le docteur, qui, quelques minutes plus tôt, maugréait contre elle de tout son cœur, s’empressa de lui tendre ses mains.

— Allons, Cadet, — fit gaiement Mme du Closquet, — avant que je ne m’assoie à votre table, récitez le Confiteor.

— Vraiment ? — réclama le docteur, — et pourquoi cela, je vous prie ?