Corentine s’était redressée très fière, les poings sur les hanches.
— Dame, c’est pas pour dire. Mais qui est-ce qui lui a appris à lire, à cette enfant ? Et les sœurs d’ici, est-ce qu’elles ne pourraient pas l’éduquer tout aussi bien que les autres ?
Le docteur était entêté. Il n’était pas de la roche dure pour rien.
Selon lui, il n’y avait qu’une ville au monde pour s’instruire : Paris. Mais, au lieu de discuter avec sa vieille gouvernante, il avait clos le débat d’une parole brève et qui laissait toujours Tina sans réplique :
— D’ailleurs, ma fille, madame du Closquet y tient.
C’était en effet une raison absolument péremptoire.
Et c’était ainsi que Maïna avait quitté Saint-Malo, un soir d’octobre, en compagnie d’une jeune religieuse au visage séraphique, qui l’avait consolée tout doucement le long du trajet et était devenue là-bas, à Paris, sa confidente et son amie des bons comme des mauvais jours.
Cependant elle n’avait point oublié le « Vieux Rocher », la tour Qui-Qu’en-Grogne, la plage aux coquillages, les remparts, les promenades sur le Sillon, les excursions à Dinard, à Paramé, à Saint-Servan. Et chaque fois que le mois d’août béni arrivait, elle avait les mêmes battements d’allégresse et d’impatience, la même ivresse, en remettant le pied sur l’asphalte du trottoir de la gare.
Soudain, les pensées de Maïna changeaient de cours.
Une réflexion presque puérile dans sa naïve profondeur lui étreignait le cœur.