Il est une idée à laquelle la jeunesse répugne tout naturellement par essence : c’est celle de la mort.

Et, à la vue des cheveux blancs sur les fronts des vieillards qu’elle chérissait, la jeune fille songeait à cette loi fatale, inéluctable, de la fin.

Un grand frisson la secouait quand elle voyait apparaître l’image de ce deuil à venir.

Ne prévoyant pas le trépas pour elle-même, elle le détournait, en quelque sorte, de ces têtes sacrées.

Car, que deviendrait-elle si un tel malheur la frappait ? L’existence ainsi vidée pour elle lui faisait l’effet d’un trou noir, sinistre, dont elle n’apercevait point l’extrémité couverte de sombres nuages, dans une de ces clartés douteuses telles qu’elle en avait vu s’épandre sur la mer aux jours de grandes tempêtes.

Alors, ramenée par le contraste même à de plus riantes idées, elle reportait ses yeux sur le paysage ensoleillé qui l’entourait.

Du fond de son berceau de feuilles, elle voyait des taches d’or se plaquer sur le sable des petites allées, sur les massifs de verdure et de fleurs, sur les volets verts et la façade blanche de la maison.

Et alors aussi, dans l’encadrement des vignes vierges et des lierres qui grimpaient à l’escalade des murs, elle se surprenait à chercher un visage jeune enveloppé d’un fin collier de barbe. Elle était heureuse quand à son rêve répondait une réalité et que, du haut des fenêtres à petits carreaux de vitre, la voix entraînante de Joël lui criait :

— Hé, cousine, êtes-vous là, au jardin ?

Souvent, d’instinct, pour se faire chercher, pour se faire réclamer, en vraie fille d’Ève qu’elle était, elle gardait le silence, bien certaine qu’il ne s’en tiendrait pas à ce premier appel.