Son attente n’était pas déçue. Joël quittait la baie ouverte, descendait à son tour au jardin et venait l’arracher de son nid, avec de joyeuses exclamations, de gais reproches sur sa surdité volontaire.

Il n’était vraiment pas mal ce Joël, son unique ami et confident d’enfance.

Les six ans qui séparaient leurs âges respectifs s’effaçaient aujourd’hui sous la conformité de leurs goûts et de leurs sentiments, malgré les apparentes contradictions de leurs caractères. Car Joël était aussi calme qu’elle était vive, aussi paisible qu’elle était batailleuse, aussi raisonnable qu’elle était folle.

Cette nature tempérée, cet équilibre vigoureux des facultés physiques et morales du jeune homme exaspéraient, d’apparence seulement, les nerfs susceptibles de l’enfant exubérante, mais elle ne pouvait s’empêcher d’admirer cette tranquille bonhomie, ce flegme à toute épreuve qui caractérisaient le tempérament de son cher cousin.

Elle ne s’en cachait à personne : elle l’aimait bien, son cousin Joël.

A personne ? Pardon. Il y avait quelqu’un qui n’en savait rien bien positivement, bien qu’il s’en doutât quelque peu : c’était Joël lui-même. Celui-là aussi c’était un naïf à sa façon, car il adorait sa cousine Maïna, et lui, par exemple, n’avait fait à âme qui vive confidence de ses sentiments.

C’est qu’en Joël, ces sentiments, ou plutôt ce sentiment était complexe autant que compliqué.

Le brave garçon entrait dans la vie avec les salutaires ignorances de la perversité humaine.

Des faiblesses de l’espèce il ne connaissait que peu de chose en vérité. Si bien que, très fort en matière d’études médicales, tout à fait apte à soigner, voire à guérir le corps, il ignorait presque entièrement ces recoins et ces pudeurs de l’âme que l’œil scrutateur d’un psychologue met des années à pénétrer et à deviner.

Chez lui l’amour allait droit son chemin, sans ambages, sans réticences.