Aimant sa cousine Maïna, il en voulait faire sa femme.

Ses études, il les avait faites avec cette pensée bien arrêtée, cette conviction bien ancrée, qu’il succéderait à son oncle, qu’il hériterait de lui une clientèle qui valait bien quelque chose et certainement aussi un petit avoir qui, vu le long exercice de la médecine par le vieux praticien et ses nombreuses relations dans le département, ne devait pas être à dédaigner.

Et, pour mieux unir toutes les chances de prospérité, il recueillerait la seconde moitié de l’héritage en épousant celle à laquelle cette moitié revenait de plein droit.

Ainsi, c’était excessivement simple ; sa carrière était toute tracée : une jeune femme jolie, intelligente, douce et entendue, pas ambitieuse, — un foyer déjà réchauffé par la tiède atmosphère de l’affection réciproque, et l’égide du vieil oncle qui, le prenant par la main, le guiderait en personne dans ses premiers pas à travers le monde du devoir et du labeur.

Assurément, le petit discours du docteur Hugh avait quelque peu ébranlé la confiance du docteur Joël. Mais il connaissait si bien le bonhomme, que, réflexions faites, il s’était dit que le vieillard avait simplement voulu mettre sa constance à l’épreuve, en lui présentant le tableau si chargé de teintes noires et peu encourageantes.

Sur le moment, le jeune homme s’était senti fort ému ; il avait cédé à l’entraînement de son cœur, il s’était vu prêt à répondre qu’il acceptait ces perspectives moroses.

Puis, la raison avait fait entendre son langage tout différent, et Joël s’était dit que son oncle était dans le vrai en lui signalant le peu de ressources qu’offrait la vie de province. Puisque le vieillard lui-même l’y encourageait, il retournerait à Paris ; il tâcherait d’y faire son petit trou, de s’y créer une situation indépendante, personnelle.

Et maintenant, avec un deuxième retour de la réflexion, il voyait derechef les choses sous l’aspect qu’elles avaient antérieurement.

Bien sûr, son oncle avait exagéré, s’était ri de lui. Il avait mieux que cela à lui offrir. Et, d’ailleurs, après tout, ne faut-il pas toujours un peu souffrir en ce monde ? On n’obtient rien qu’au prix de luttes ou d’efforts. Il se rappelait la phrase du poète latin : Nil sine magno labore natura dedit mortalibus.

Sans être aussi ferré que le vieux docteur sur les classiques, il avait fait de belles et bonnes études. Les prosateurs et les moralistes l’encourageaient à essayer ses forces, et les poètes lui peignaient le devoir et la vie sous de riants aspects.