La voix de Joël se fit vibrante, comme mouillée de larmes.
— Oui, un secret, Maïna, un de ceux qui vous gonflent le cœur jusqu’à le faire éclater. Et, tenez, pour vous le dire, je ne peux même plus me servir de cet odieux vous que l’âge nous a imposé. J’en reviens à notre langage d’autrefois, en ce temps où tu venais, petite fille, demander à jouer avec ton aîné de sept ans, presque ton frère, qui regrettait de ne point l’être alors et qui te demanderait, s’il l’osait, de l’aimer aujourd’hui mieux qu’un frère.
Il n’avait laissé aller qu’une des mains de la charmante fille.
Celle-ci se détourna à moitié et couvrit de la main restée libre son visage empourpré.
Son corsage se soulevait sous la tumultueuse agitation de son sein.
Elle demeura ainsi quelques secondes sans trouver une parole.
Le trouble la paralysait.
Cet aveu spontané provoqué par la circonstance était pour elle aussi inattendu que délicieux.
A la fin, pourtant, elle put parler, mais non sans un pudique tremblement.
— C’est grave, Joël, ce que vous me dites là. Ce n’est pas de moi que dépend la réponse…