Aussi, au lieu du bénéfice que supposait Joël, le vieil oncle n’avait-il jamais connu que la modération la plus stricte. Il fallait le bon marché de la vie à Saint-Malo, la longanimité des fournisseurs, habitués à se voir payer à de lointaines échéances, pour que Tina Kerbiel pût allonger elle-même la courroie et faire durer le crédit indispensable à l’existence de son maître et à la sienne.

Or, ce matin-là, à la question habituelle, normale, de la gouvernante, Hugh Le Budinio n’avait pu donner de réponse.

Mais, selon une formule que celle-ci connaissait bien, il avait conclu, en branlant la tête :

— C’est bon, je vais voir à faire rentrer quelques sous.

C’était un pitoyable créancier que le vieux docteur. Il lui en coûtait tant de se faire payer !

Il s’était donc mis en route avec le ferme propos de réclamer son dû.

Dure condition que celle du médecin. Quand il soigne des clients riches, les nécessités de « la clientèle à faire » le contraignent à laisser traîner la note toute une année pour ne blesser ou ne contrarier personne.

S’agit-il, au contraire, de pauvres hères ? Aussi réduit que soit le prix de la consultation ou de la visite, il est encore trop élevé pour la « pratique ». Et l’homme de l’art en devient le martyr par excellence.

Le docteur méditait ces deux termes du dilemme en parcourant le chemin ordinaire de ses visites.

A quelle porte allait-il frapper ? Auquel de ses habitués demanderait-il l’aumône ?