Et galamment il offrit son bras à la vieille dame.
Sur le parcours, toutes les têtes se découvraient devant eux.
Car ils les connaissaient, les Malouins, ces deux saints, ces deux associés du dévouement et de la charité.
Et ce qu’ils ne pouvaient payer à Mme du Closquet millionnaire, à M. Le Budinio prodigue de soins, ils l’offraient pour leur bonheur en prières et en bénédictions.
Les deux vieillards répondaient aux coups de chapeau, le docteur par un geste familier de la main, la vieille femme avec une inclinaison gracieuse et un beau sourire de grande dame qui mettait des reflets de jeunesse immortelle sur ses traits, à l’entour de ses cheveux blancs.
Ils atteignirent ainsi l’hôtel du Closquet demeuré tel qu’il était sous Louis XIV, et même tel qu’il avait dû être en partie au temps des corsaires du moyen âge, avec sa cour aux dalles énormes, ses murs épais de deux mètres, ses culs-de-lampe à créneaux et à mâchicoulis.
Quand ils se furent assis en face l’un de l’autre dans le grand salon vert et noir, Mme du Closquet commença :
— Oui, je viens de chez vous, mon ami. A propos, dites-moi donc, je vous trouve l’air préoccupé, aujourd’hui ?
— Préoccupé, moi ? — essaya de bégayer le vieillard. — Allons donc ! Vous voulez me railler ?
— Oh ! que non pas ! Seriez-vous malade, par hasard ?