— C’est beaucoup d’honneur. Voilà que vous allez me faire tenir un emploi de marieuse, maintenant ?

— Mais non, mais non. Seulement, il est tout naturel que je m’adresse à vous. Vous connaissez tant de monde, vous êtes en si bons termes avec tous les curés et toutes les religieuses, que je me suis dit : « Parbleu ! Mme du Closquet trouvera bien un mari pour Véronique et une femme pour Joël. »

La vieille femme feignit un instant la gravité et répliqua :

— D’abord, mon cher ami, sachez que je n’ai jamais fait ces choses-là pendant mes soixante-quinze ans d’existence. J’estime que les gens se suffisent amplement dès qu’il s’agit de faire une sottise et de consommer leur malheur ou leur ruine.

— Oh ! — plaisanta le docteur, — c’est ainsi que vous appréciez le mariage ? Voilà que vous me donnez raison.

— Comment ? Je vous donne raison ?

— Sans doute, puisque je suis demeuré célibataire ! Ha, ha, ha !

Le coup était trop droit pour que la douairière, en femme d’esprit, perdît son temps à le parer.

— Laissons cette mauvaise plaisanterie de côté, — fit-elle. — J’achève ce que j’avais à vous dire. Alors même qu’il serait en mon pouvoir de faire ce que vous disiez tout à l’heure, je ne le ferais pas.

— Hein ? — questionna Le Budinio, désarçonné par une telle déclaration.