— Sans doute. Je n’ai pas pour habitude de me jeter à la traverse de ce que Dieu fait manifestement éclater à mes yeux. Et c’est pour ce motif que je ne chercherai point, par un chassé-croisé d’unions disparates, à rompre ce qui est le plan divin selon lequel Joël doit être tout naturellement le mari de Maïna et Maïna la femme de Joël. J’ai dit.
Le vieux docteur avait couvert son visage de ses deux mains. Des larmes ruisselaient de ses paupières, coulant entre ses doigts.
Mme du Closquet fut émue de ces pleurs.
— Eh bien ? — interrogea-t-elle. — Qu’avez-vous ? Est-ce que vous trouvez cette hypothèse déraisonnable ?
Il essuya ses yeux, et spontanément saisit les deux mains de son amie.
— Vous venez de toucher aux fibres les plus secrètes de mon cœur. Ah ! oui, je vous le jure, c’est là un projet que je caresse depuis des années. Rien ne me paraîtrait plus doux que d’unir ces deux existences bien-aimées, de faire mes enfants par le cœur ceux qui ne le sont pas par la nature.
Il s’interrompit, l’œil brillant, emporté dans le domaine du songe par ce doux mirage.
— Quelle joie de me dire avant de mourir : Joël aura près de lui la plus accomplie des compagnes ; Maïna aura pour la soutenir un bras viril, une âme sûre d’elle-même ! Et j’aurais peut-être vu mes ans se doubler, se tripler, sous le souffle du bonheur qui rajeunit ! J’aurais peut-être étendu mes mains sur des têtes blondes et bouclées ! J’aurais vu grandir sous mes yeux comme une dynastie d’hommes portant mon nom et exerçant ma glorieuse profession !
— Eh bien ! — demanda Mme du Closquet, voyant qu’il s’interrompait, — qu’est-ce qui s’oppose à la réalisation de cette idylle, je vous prie ?
Il hésita, passa à plusieurs reprises sa main sur son front, et, triomphant enfin de ses répugnances :