— Ce qui s’y oppose, chère et bonne amie, ne le voyez-vous pas ? Puis-je encourager le mariage de deux enfants pauvres, dont l’une ne recevra point de dot, et dont l’autre n’apportera que son intelligence et ses bras ?
— Hé, combien ne s’accomplit-il pas d’unions de ce genre, qui ne sont pas plus malheureuses que d’autres ?
Le vieux médecin hocha la tête. Il n’était point convaincu par cette énonciation encourageante.
— Vous m’avez dit, tout à l’heure, que nous parlions sérieusement. J’appelle, moi, parler sérieusement écarter toute donnée imaginative, laisser la poésie pour les jours heureux, et ne tenir compte que des difficultés de l’existence. Or, ce n’est pas assez pour entrer en ménage que de mettre en commun des… espérances. Il faut des choses plus solides pour faire bouillir le pot.
Mme du Closquet était littéralement abasourdie. Elle n’avait rien prévu de semblable.
— Ah ! que vous voilà donc devenu positif ! — s’écria-t-elle. — Qu’est-ce que c’est que ces théories dont vous me paraissez faire la première application de votre vie ? Et encore n’est-ce pas sur vous-même que vous voulez en tenter l’expérience ; c’est sur ces deux enfants !
Le docteur crut voir dans ces paroles une accusation d’égoïsme.
— Oh ! ma bonne amie ! — réclama-t-il avec vivacité. — Pensez-vous donc ce que vous dites ? Croyez-vous réellement que je me laisse guider par d’autres sentiments que celui de l’intérêt le plus immédiat de ces enfants ?
Elle éclata, cette fois, sur le ton d’une impatience qui n’était point feinte, pour le coup.
— Eh non ! vieux fou. Je ne le crois pas, je ne le pense pas ! Supposez-vous donc que je vous ignore à ce point que je ne vous sache pas par cœur, comme si j’avais présidé, dans le conseil de Dieu, à la confection de votre âme de brave homme imprévoyant ? Non, ce n’est pas là ce que j’ai voulu dire. Je me borne à critiquer aujourd’hui ce surcroît de prévisions pessimistes, et je réponds à tous vos cris d’alarme : Laissez donc faire. Les proverbes n’ont pas été faits seulement pour être démentis. Ils ont quelquefois raison, et c’est ce qui leur a valu d’être quelquefois traduits par des hommes de génie, en prose ou en vers, témoins ceux-ci que je ne fabrique pas pour les besoins de ma cause :