Aux petits des oiseaux il donne la pâture

Et sa bonté s’étend sur toute la nature.

Ne vous mettez donc pas martel en tête pour l’avenir des deux tourtereaux auxquels la destinée a réservé l’amour en partage.

Et, tenez, avez-vous le droit de vous plaindre pour eux ? N’est-ce pas une véritable faveur de la Providence qui les a placés tous les deux sous votre toit, qui leur a assuré, de la sorte, le vivre et le couvert ? Maïna a dix-huit ans, Joël vingt-cinq. Si vous aviez tenu, il y a dix-sept ans, ou il y a vingt-quatre ans, le langage que vous tenez aujourd’hui, au lieu de les élever comme vous l’avez fait, avec le zèle et l’affection d’un père, vous eussiez dû les abandonner dans la rue, ou les jeter à l’eau comme les petits chats qui encombrent leur mère.

De quoi donc vous souciez-vous aujourd’hui ? Un garçon de vingt-cinq ans, pourvu de diplômes qui le rendent apte à vous aider et, plus tard, à vous succéder, une fille de dix-huit ans, qui peut, au besoin, se suffire par son travail, ne fût-ce qu’en donnant des leçons, sont-ils plus embarrassés de leurs personnes que le même garçon et la même fille lorsqu’ils bégayaient encore dans leurs langes ?

Avez-vous hésité à les prendre dans vos bras, à votre charge, en ce temps-là ? Non, n’est-ce pas ? Avez-vous lieu de vous en repentir ? Non, encore une fois.

Donc, ni découragement, ni fausse sagesse. Allez votre chemin d’homme de cœur, mon vieil ami.

Répandez le bienfait autour de vous comme autrefois, comme tous les jours, et mariez ces deux enfants, sans assombrir leurs jeunes fronts par de mornes anticipations sur des craintes peut-être chimériques. Dieu, qui a pourvu alors à leur lendemain, y pourvoira encore avec cet avantage de plus qu’ils ont l’âge et les moyens voulus de s’aider eux-mêmes, désormais.

Le vieux docteur avait baissé le front. La réponse était péremptoire ; elle fermait la bouche aux objections.

D’autant plus que Mme du Closquet, son argumentation générale donnée, ajoutait la note de confiance matérielle.