Or, voilà que cette dame est venue passer la saison à Paramé avec ses enfants. Il y a une semaine, l’un d’eux, pas le même, — un autre, a eu une esquinancie très douloureuse. C’est la troisième fois en six mois que les abcès lui reviennent.

La mère a pris peur, s’est désolée, et allait prendre le parti de rentrer à Paris, lorsque, il y a quatre jours, on prononça le nom de Le Budinio devant elle. Vite, la voilà toute joyeuse : « Le Budinio, mais ce doit être l’interne qui servait d’aide à monsieur Boutan. » On lui parle de notre oncle. Ah ! ouiche, c’est moi qu’elle voulait.

La voilà qui se met en route pour venir. La chance nous sert tous deux. Je la croise justement au débarcadère de Paramé. Elle venait ici me supplier de faire sur son deuxième enfant ce qui avait si bien réussi sur le premier. Je lui propose de s’adresser à mon oncle. Elle refuse ; elle ne veut que moi. Dame ! Je m’explique un peu la chose, vu qu’à Paramé, un médecin de Dinard, qui était là de passage, lui avait dit qu’il allait employer le nitrate d’argent.

Naturellement, elle a craint que l’oncle ne recourût à ce procédé-là, en quoi elle ne se trompait guère. Elle a l’horreur du crayon de pierre infernale, parce qu’on lui a raconté que ça se défaisait quelquefois et que l’enfant l’avalant était perdu.

Bref, elle tenait au thermo-cautère, et plutôt que de perdre l’occasion, ma foi ! j’ai accepté. Voici ma troisième application et tout a marché à souhait. Pour moi, je suis simplement ravi, car la bonne dame, dans son exubérance, a payé royalement. Vois donc un peu ce qu’elle m’a donné.

Il fit sonner aux oreilles de la jeune fille cinq beaux louis d’or tout neufs.

— Voilà un début qui promet, Joël ! — fit la jeune fille en battant des mains.

— Parbleu ! la chance m’a servi. Seulement, tu comprends, cette opération revenait de plein droit à mon oncle, et je n’ai pas le droit de « faire la clientèle » sans sa permission. Je vais donc te remettre ces cent francs. J’entends qu’ils soient dépensés jusqu’au dernier centime. Fais ce que tu voudras, des choux et des raves, à la condition que tout soit employé pour fêter notre 15 août.

Sans doute, il y a eu confusion de noms au début, mais comme, en somme, c’était moi que l’on cherchait, comme c’est moi qui ai fait l’opération, j’estime l’argent honnêtement gagné et j’ai le droit de le donner à mon oncle sous telle forme qu’il me plaira. C’est donc cent francs de plus dans la caisse des réjouissances publiques. A toi de voir à quel chapitre des dépenses tu dois l’imputer.

Il se fit un silence entre les deux interlocuteurs.