— Mon oncle, je vous remercie de ces paroles. Elles me témoignent votre confiance. Si vous ne m’aviez point appelée, je serais venue vous demander moi-même la faveur d’être acceptée pour une telle mission.

— Bien, Maïna, très bien. — Espérons toutefois que nous n’aurons pas ce souci à subir, bien qu’il n’existe pas d’exemple de tempête qui se soit déchaînée sur nos côtes sans traîner la mort à sa suite.

— Il y a donc des imprudents parmi nos pêcheurs, mon oncle ?

— Hélas ! enfant ! N’y en a-t-il pas partout ? Et ceux-ci n’ont que trop d’excuses pour leur imprudence. N’est-ce pas pour la vie de leurs enfants qu’ils risquent journellement la leur ?

Ce qui provoquait cette conversation douloureuse, c’était le spectacle d’un ouragan tel que les Malouins, si bien faits aux violences de la mer, n’en avaient jamais vu de plus violent.

Et quel spectacle incomparable, unique ! Car la mer seule a le secret de varier à l’infini l’aspect de ses colères.

De Dinard à Paramé, du cap Fréhel et de la pointe du Grouin jusqu’aux rochers de Cancale, la mer n’était plus qu’une chaudière en ébullition.

La Manche tout entière, comme un cours d’eau qui a forcé ses digues, se ruait, implacable et terrible, à l’assaut de la côte.

Le « Vieux Rocher », tel qu’une inébranlable sentinelle, tenait tête à l’orage, debout au plus fort du bouleversement titanique des cieux et des flots.

Il était en ce moment quatre heures du soir, et l’on était au 6 septembre.