Oui, l’heure de la récompense avait sonné pour la vieille femme de bien.
Elle mourait, parce que tout être né dans la condition terrestre doit mourir. Mais ce mot « mort », qui revêt de si lugubres couleurs, qui prend de si mornes acceptions, n’avait plus auprès d’elle ce sens sinistre, cet aspect de deuil que lui attribuent les survivants désespérés.
Le spectacle de ce chevet n’était que celui d’une libération.
Une âme pure et belle, fière, et désormais lavée des souillures de la terre, s’échappait du cloaque, et dépouillait l’enveloppe de matière à laquelle l’avait liée la mystérieuse combinaison préordonnée de toute éternité par la Sagesse créatrice.
Elle s’en allait sans secousse, presque sans souffrance.
Quand elle s’était sentie malade, elle avait fait appeler son vieil ami le docteur Le Budinio.
Et, paisiblement, elle lui avait dit, de cette voix qui ne tremblait jamais :
— Mon bon ami, je vois bien que la machine est désormais enrayée, qu’il n’y a rien plus rien à faire. Si je vous ai fait appeler, c’est uniquement par acquit de conscience, parce que c’est un devoir pour l’homme de disputer sa vie jusqu’au dernier moment. Mais je sais bien que je suis vaincue d’avance, que la vitalité est épuisée. Venez donc à moi en ami, mais si l’amitié peut encore faire illusion à la science, je ne vous défends pas de tenter l’impossible pour m’ajouter quelques années de plus à vivre.
Tout cela fut dit posément.
L’intelligence demeurait maîtresse d’elle et la volonté s’affirmait dans le soin qu’apportait la mourante à disposer ses derniers moments, à mettre tout en ordre dans ce but.