Elle ajouta, avec le malicieux sourire dont elle ne se départait jamais :
— Figurez-vous que l’un de mes héritiers me fait faux bond, — précisément le prodigue, celui qui aurait eu le plus grand besoin de ma mort. Il m’a précédée, et cela m’oblige à modifier mon testament. Enfin, il sera dit que j’aurai eu de la besogne jusqu’à la dernière seconde.
Pauvre vaillante femme !
Elle savait bien que la besogne était toute faite déjà, et qu’elle avait arrêté son choix sur ceux qu’elle substituait à l’héritier défaillant.
Mais, modeste jusqu’à la fin, dédaigneuse des manifestations extérieures du pharisaïsme, interdisant à la main gauche de connaître ce qu’avait pu faire la droite, elle laissait au notaire le soin de faire savoir aux intéressés ses dernières volontés.
Dès le premier instant de maladie, le docteur Le Budinio ne s’y était pas trompé.
La vieille dame était depuis longtemps menacée d’une poussée vers le cœur.
Or, quand le mal fit son entrée en scène, avec les apparences relativement bénignes d’une pneumonie franche contre laquelle le robuste tempérament de la septuagénaire paraissait offrir des ressources, le médecin comprit bien vite que ce n’était là que le masque trompeur dont s’affublait la bronchite capillaire, ce terrible catarrhe suffocant qui emporte les vieillards et les enfants.
Il voulut pourtant engager la lutte avec toute son énergie contre le mal.
Par une recrudescence d’attention, il établit Joël et Maïna en permanence à ce chevet.