Ce fut elle-même qui alla chercher le prêtre, qui disposa la chambre en vue de la simple et grandiose cérémonie dont elle allait être le théâtre.
Il advint que le docteur Le Budinio voulut la blâmer de cet empressement.
Mais Mme du Closquet le reprit lui-même de cette intervention en des matières qui ne le concernaient point :
— Mon cher ami, ce n’est point votre affaire. J’ai le droit de sortir de ce monde par la bonne porte, et vous me connaissez assez pour savoir que je ne suis pas une femmelette qui recule devant le fait. A soixante-quinze ans, la mort est une terminaison normale de la vie. Voilà quarante ans pour le moins que je m’y prépare, et je fais en sorte de n’être pas trop maussade en m’en allant.
Le lendemain du jour où le prêtre eut franchi le seuil de cette chambre, les forces de la malade se mirent à décroître avec rapidité.
La fièvre ne s’interrompit plus.
Le pouls se mit à battre avec une indicible violence ; la respiration haletante décela l’effrayante dyspnée qui progressait d’heure en heure.
Renversée sur le double oreiller que Maïna avait placé sous sa tête, la mourante, en dépit des suffocations progressivement croissantes, ne perdait ni sa présence d’esprit ni son imperturbable sérénité.
Jusqu’à la dernière minute, elle entendait conserver la possession d’elle-même.
Ces maladies inflammatoires des organes de la respiration laissent toujours intactes les facultés intellectuelles. C’est pour ce motif que certaines fins de poitrinaires sont si déchirantes pour les assistants. Car si la victime est jeune, si elle a la conscience de son état, il arrive fréquemment qu’elle ne peut se résigner à la mort. Et si elle ignore qu’elle touche aux portes du trépas, elle ne parle que de sa guérison, de son prompt rétablissement, des joies que lui réserve encore cette vie qui la fuit et dont le mirage, pourtant, séduit encore son regard déjà embrumé par l’ombre éternelle.