Avec Mme du Closquet, l’adieu n’eut point ces poignantes tristesses.
Ce fut elle-même qui s’attacha à consoler ses amis, à les distraire de leurs préoccupations.
Avec une sublime abnégation de sa souffrance personnelle, elle parut ne prendre soin que du bonheur de ceux qu’elle laissait derrière elle.
Elle savait qu’aucun des parents qui allaient profiter de ses largesses posthumes n’avait pu accourir à ses derniers moments, et ne leur en voulant pas pour les impossibilités matérielles qui les retenaient loin d’elle, elle put se donner tout entière aux amis dont la présence à son lit de mort lui parut une faveur spéciale de Dieu.
La veille du dernier jour, comme Joël et Maïna se relayaient dans leur rôle de garde-malades, elle profita d’un moment où les deux jeunes gens se trouvaient seuls avec elle pour leur faire une confidence.
Elle prit elle-même la main du jeune docteur et la plaça dans celle de Véronique.
Elle en avait le droit, les ayant vus naître tous les deux, les ayant suivis de sa sollicitude pendant les années de leur croissance parallèle.
Et comme elle les tutoyait du ton d’une grand’mère parlant à ses petits-enfants, elle put leur dire :
— Joël, je sais le fond de ton cœur. Tu as déjà choisi la compagne de ton existence, et Maïna a confirmé ce choix. Laissez-moi vous voir renouveler vos serments sous mes yeux, et si quelque crainte importune vous paraît mettre des ombres à vos perspectives de bonheur, comptez sur la protection d’En-Haut pour aplanir les obstacles. N’opposez pas les vains calculs de la raison au consentement spontané de vos âmes. On n’est jeune qu’une fois. Consacrez donc votre jeunesse à l’amour légitime. Soyez-vous tout l’un à l’autre, et gardez par devers vous la promesse de félicité que vous fait en ce moment votre vieille amie expirante.
Les deux jeunes gens, trop émus, avaient les yeux pleins de larmes.