Ils s’étaient agenouillés côte à côte au pied de cette couche.

Sanctifiée par son renoncement à la vie, par toutes les pratiques pieuses que lui suggérait sa foi de Bretonne, la vieille femme étendit sur leurs fronts ses mains défaillantes, et leur versa une suprême bénédiction.

Puis, désormais terrassée par le mal, elle n’eut plus d’autre reste de la vie que dans l’ineffable sourire de sa bouche décolorée, dans le doux et profond regard de ses prunelles ternes.

Le huitième jour, dès l’aurore, elle entra en agonie.

Non en cette agonie douloureuse au sein de laquelle la vie ne se détache que par secousses, par convulsions défigurantes, mais en cette sortie progressive de l’âme qui, de temps à autre, à chaque étape de la voie ténébreuse qui mène à la lumière, s’arrête, fait halte en quelque sorte, et embrasse d’un dernier regard le monde fini et sombre qu’elle quitte, retenue à chaque seconde par les lois de la matière qu’elle dépouille.

La parole s’éteignit la première. La voix était devenue si faible, si sourde, qu’on ne pouvait plus l’entendre.

Une lente paralysie des cordes vocales lui ôtait toutes les vibrations.

Mais les yeux gardaient leur langage expressif, et, par un effet assez rare de l’énergie, la mourante pouvait encore mouvoir ses bras, agiter ses doigts.

Ce fut ainsi qu’elle fit signe à Maïna de rapprocher d’elle le crucifix qu’elle ne pouvait atteindre, et, lorsque la jeune fille l’eut placé entre ses mains, elle le porta d’elle-même, pieusement, à ses lèvres.

Puis, les mains elles-mêmes s’immobilisèrent, et, alors, autre bizarrerie de la nature, la parole revint.