Comme elle voyait des larmes dans les yeux de ceux qui l’entouraient, elle s’efforça de les sécher d’un mot.
— Ne pleurez pas. Qu’est-ce donc qui m’arrive dont vous ayez lieu de vous troubler ? Je sors de la vie, voilà tout, et je passe. Vous devriez, au contraire, vous réjouir. J’entre dans l’immortalité.
Soudain, elle eut comme la prescience du moment final. Elle dit doucement à l’abbé :
— Récitez les prières des agonisants, je vous prie. Cela me rendra la mort plus facile.
Et avant de se recueillir dans ce dernier acte, elle interpella encore le docteur :
— Le Budinio, souvenez-vous ! Ayez confiance en Dieu, mon ami.
Elle n’ajouta point d’autre parole.
Ses lèvres ne remuèrent plus que pour prononcer les formules des oraisons jaculatoires. Et, tout à coup, le prêtre, qui s’était un instant interrompu, demeura frappé de stupeur.
La mourante restait immobile, les mains jointes sur le crucifix, les yeux fixes, ouverts sur l’éternité.
Sa face avait revêtu ce caractère auguste qu’imprime la suprême rupture du lien : le souffle s’était envolé ; elle avait passé sans qu’on s’en aperçût ; morte sans effort, saintement.