Il se souvint fort à propos des recommandations que lui avait faites Wagha-na, et son courage lui revint un peu à la pensée que le Bison Noir et ses acolytes le suivaient à distance, épiant l’occasion de se jeter sur la bande pour le délivrer en même temps que Madeleine.

Or, toute cette conversation des trois hommes, la jeune fille l’avait entendue.

Elle avait, en effet, repris ses sens au cours de leur dialogue. Une immense lassitude, paralysant ses membres, l’avait tenue immobile, si bien qu’aucun des trois complices ne s’était aperçu de son retour au sentiment. Et, de la sorte, l’orpheline avait pu entendre et faire son profit des révélations que lui fournissait l’odieux entretien.

Elle eut assez d’empire sur elle-même pour réfréner l’indignation qui faisait bouillonner tout son sang.

Mais lorsque, au bout de quelques instants, Schulmann et Pitch, peut-être afin de mieux connaître les pensées de leur ex-complice, sortirent de la hutte, laissant Sourbin seul auprès de sa cousine, celle-ci ne put dissimuler son profond mépris.

— Les proverbes disent vrai lorsqu’ils assurent qu’on ne juge un homme qu’à ses actes. Je ne vous connaissais guère, monsieur Sourbin. Je vous connais tout à fait aujourd’hui. Rien ne donne de la clairvoyance comme le malheur. Monsieur mon cousin, je ne sais vraiment ce qui l’emporte en vous de la suffisance ou de la lâcheté.

Léopold sentit son front s’empourprer. Une colère le gagna. Mais la vue de Madeleine enchaînée, de ce beau visage pâli, lui inspirèrent une véritable amertume.

— En vérité, ma cousine, dit-il, je ne sais, moi, ce qui m’attire de votre part une aussi virulente apostrophe.

Madeleine, cette fois, ne put contenir son aversion. Elle rappela au jeune homme l’entretien qu’il venait d’avoir avec les deux misérables et le pacte qui les enchaînait à eux. Elle en avait assez appris pour pouvoir préciser elle-même, par un seul effort de son imagination, les détails qui lui échappaient encore, les points qui auraient pu demeurer obscurs devant son esprit. Sourbin fut atterré. Il désespéra de pouvoir convaincre sa cousine de son innocence relative en l’abominable complot qui l’avait livrée aux mains de ses ennemis. Peu s’en fallut que ce découragement ne le poussât à s’associer définitivement aux infâmes projets de Pitch et de Schulmann.

Mais, une fois encore, ces projets furent déjoués par l’intervention des événements.