Brusquement, au milieu du silence et de la solitude des bois, un coup de feu éclata.

Léopold, qui était demeuré muet à la suite de l’apostrophe de Madeleine, tressaillit et se leva en sursaut.

Il ouvrit la porte et se heurta à Pitch qui rentrait, donnant les signes d’une profonde inquiétude.

— Vite, vite, cria le Yankee, en selle. Nous sommes poursuivis. Il est probable que Wagha-na est à nos trousses.

En même temps, le cacique Magua se ruait dans l’intérieur de la cabane, saisissait brutalement la prisonnière par un bras, et, comme elle ne pouvait marcher à cause de l’entrave qui gênait ses pas, la traînait au dehors et la livrait aux bras d’un de ses guerriers, en lui criant :

— Si la femme pâle fait un geste, pousse un seul cri, plonge ton couteau dans sa poitrine.

Léopold n’eut pas le temps de s’élever contre cette violence. Il comprit, d’ailleurs, que résister en pareil moment, ce serait précisément hâter la catastrophe qu’il voulait éviter. Un espoir le ressaisit de vaincre l’antipathie et les dédains de sa cousine, et obéissant, cette fois, plus à l’amour qu’à la cupidité, il enfourcha son propre cheval qu’on lui avait amené, non sans avoir laissé tomber sur le seuil de la hutte l’une des graines rouges que lui avait données le Bison Noir.

Tout en fuyant sous le couvert de la forêt qui les abritait, il put dire à Pitch :

— On m’a pris mes armes. Avec quoi voulez-vous que je me défende, si l’on nous attaque ?

Pitch se rendit compte de la vérité de cette réflexion. Il était sûr de tenir son Sourbin ; il ne vit donc aucun empêchement à lui confier l’un des deux revolvers qui garnissaient ses propres fontes.