C’était une excellente intention qu’avait eue là Léopold.

Il n’avait que trop bien entendu l’ordre donné par le chef Comanche à son subordonné, et comme il savait les sauvages capables de s’emporter à toutes les violences, le cousin de Madeleine avait pris cette précaution. Il galopait maintenant à côté de l’Indien, prêt à lui casser la tête s’il le voyait lever la main sur la prisonnière.

Tous ces événements s’étaient accomplis en moins de vingt-quatre heures. Il y avait un jour à peine que Wagha-na avait confié à Sourbin la mission délicate de guider ses recherches. Une longue et froide nuit s’était écoulée pendant laquelle Madeleine n’avait pas recouvré un seul instant la conscience de ce qui se passait autour d’elle. Mais dans ce délai, les chevaux surmenés des Comanches n’avaient pu fournir une bien longue étape, celui de l’Ours Gris surtout, qui avait à porter une double charge.

Aussi Wagha-na et ses compagnons avaient-ils pu suivre sans trop de difficultés la piste laissée par Sourbin.

Ils étaient même au moment de surprendre le campement provisoire de leurs ennemis, lorsque le hennissement du cheval de Joë O’Connor avait donné l’éveil aux factionnaires disséminés par Magua aux confins de la forêt et de la plaine.

L’un d’eux avait pu ramper jusqu’au voisinage de l’Irlandais et, jugeant l’occasion favorable, avait décoché une flèche qui avait frôlé le crâne du vieux trappeur.

Celui-ci n’était pas patient de son naturel. Juste en ce moment il se tenait appuyé sur sa carabine. La riposte ne s’était pas fait attendre. Joë avait tiré sur une ombre qu’il voyait se mouvoir dans le fourré. Mais comme la balle de Joë était quasiment infaillible, elle avait traversé de part en part le ventre de l’Indien.

C’était le bruit de ce coup, suivi du cri d’agonie du blessé, qui avait averti les Comanches.

Il n’y avait pas à revenir sur l’intempestive vivacité de l’Irlandais. Wagha-na donna donc l’ordre de charger sur-le-champ, à bride abattue. Peut-être parviendrait-on à rejoindre l’ennemi.

Le bois que l’on traversait n’était point aussi étendu qu’il était épais. Au delà la plaine recommençait, permettant la chasse à vue. Or Pitch et Schulmann, aussi bien que l’Ours Gris, savaient désormais à quoi s’en tenir sur le courage et l’opiniâtreté de leurs adversaires. Ils comprenaient que ceux-ci ne se lasseraient pas, et comme ils ignoraient leur nombre, aucune autre ressource qu’une fuite rapide ne s’offrait à eux d’éviter la terrible vengeance que ne manqueraient pas d’exercer les amis de Madeleine.