Dans de telles conditions, Pitch avait conçu des intentions moins cruelles à l’égard de celle-ci.
Il ne s’agissait plus de la tuer maintenant, mais, bien au contraire, de veiller attentivement sur ses jours. N’était-elle pas un otage entre leurs mains, le seul moyen de sauver leurs vies en proposant l’échange au Bison Noir, dont la haine devait être implacable ?
Il était si bien dans ces pensées qu’il ne se montrait pas moins attentif que Sourbin lui-même à surveiller l’Indien qui emportait la jeune fille évanouie.
Mais, d’autre part, autant il était nécessaire d’emmener l’orpheline saine et sauve, autant il fallait empêcher qu’elle ne retombât au pouvoir de ses vaillants libérateurs.
Or, le cheval de l’Indien, bête d’une rare vigueur, avait fourni, depuis plus d’une semaine, d’invraisemblables chevauchées. Il était impossible de lui demander plus qu’il n’avait donné, et déjà sa course saccadée, haletante, montrait une fatigue énorme. Si la bête était fourbue, ou s’abattait sur le chemin, Madeleine serait perdue pour les ravisseurs.
Ces réflexions, Ulphilas Pitch les avait faites tout en éperonnant vigoureusement sa propre monture, laquelle ne valait guère mieux que celle du Comanche. Le Yankee se surpassait. Pour un homme qui avait toujours préféré la diplomatie à la violence, il faisait preuve, depuis quelque temps, de qualités qui eussent fait le plus grand honneur à un écuyer de profession.
XIII
HIPS ET GOLA
Il y avait près d’une heure que les Comanches et leurs trois compagnons de race blanche couraient dans les sentiers naturels qui sillonnaient la forêt. Il avait fallu tous les obstacles qui se dressent dans une course de ce genre pour la prolonger ainsi. Mais, par là même, les bêtes haletantes en avaient subi une fatigue plus grande, contraintes de franchir tour à tour des ruisseaux et des fondrières, des haies et des fourrés épineux.
La lisière du bois apparut enfin, au-delà de laquelle la plaine recommençait, immense, à peine coupée, çà et là, d’autres bois semblables.
Là était le péril pour les ravisseurs, là l’espoir pour les vaillants qui s’étaient élancés à leur poursuite.