En effet, le Comanche, malgré sa blessure, paraissait disposé à revenir au combat, soutenu par l’Ours Gris et les compagnons. Plus que toute autre cause, la honte de son échec, jointe à la prévision des furieux reproches qu’allait lui adresser son chef, le poussait à cette résolution désespérée, si fort en désaccord avec l’ordinaire prudence de ses pareils.
Cependant Sourbin avait, lui aussi, battu en retraite et recevait maintenant les chaudes félicitations de Georges et de Wagha-na. Ce dernier lui avait même tendu la main, avec ces paroles de haute estime :
— Je vous sais un gré infini de ce que vous avez fait là, Monsieur. Vous avez exécuté à la lettre le programme que je vous avais tracé. Ce n’est point votre faute si nous ne sommes pas arrivés plus tôt.
Madeleine au contraire, la plus intéressée, n’avait fait preuve d’aucun enthousiasme.
Elle avait dit simplement au Français avec une assez dédaigneux accent :
— Je vous remercie, mon cousin. De votre part, cela me touche davantage.
Et cette froideur visible avait impressionné si vivement ses deux amis, qu’ils en étaient devenus subitement silencieux.
Wagha-na se retourna vers la plaine. Il vit l’Ours Gris et ses hommes à moins de cinquante mètres de lui.
— Allons, Messieurs, dit-il, ils sont dix, nous sommes trois. La partie est égale.
C’était le mot héroïque de Changarnier pendant la retraite de Constantine.