Ni Georges, ni le Bison Noir n’étaient assez rapprochés pour secourir la jeune fille.

Heureusement pour la pauvre enfant, Léopold Sourbin était aux côtés de l’Indien.

Il vit le danger que courait sa cousine et avec une spontanéité de sentiment qui rachetait toutes ses violences passées, il ne songea qu’à l’y arracher. Plus prompte encore que celle de l’Indien, sa main se leva, armée du revolver que lui avait prêté Pitch, et le bras du Comanche retomba brisé. La balle lui avait fracassé le poignet.

Un cri de douleur et de rage jaillit de la poitrine du sauvage. Le couteau s’était échappé de ses doigts inertes.

Pourtant, il ne renonça point à sa vengeance. Sa main gauche s’abattit sur le cou de l’orpheline renversée et s’y serra violemment.

Mais Madeleine, ressaisie par l’espoir de la délivrance, s’était redressée. Elle repoussa convulsivement l’étreinte du misérable Indien qu’elle rejeta sur le dos de sa selle. Une secousse du cheval épuisé la jeta lourdement sur le sol de la prairie, où elle demeura sans mouvement.

En ce moment, Georges arrivait à la hauteur du Comanche. Vivement il tira sur le mors, au risque de se désarçonner lui-même. L’animal s’arrêta court et le cavalier sauta rapidement à terre. Il releva la jeune fille meurtrie et la plaça sur le dos de Hips, fumant et haletant.

Madeleine, par bonheur, n’avait pas perdu connaissance. Bien que fortement contusionnée, elle put se tenir assez droite, pendant que Georges, tenant le cheval par la bride, la carabine au poing, battait en retraite dans la direction du secours amené par Joë et Sheen-Buck.

— Déjà Wagha-na l’avait rejoint et s’informait avec sollicitude auprès de Madeleine des conséquences de sa terrible chevauchée. Elle le rassura d’un sourire et, malgré son extrême lassitude, put affirmer qu’elle n’avait ni blessures ni lésions internes.

Mais ce n’était là qu’une demi-victoire ou, plutôt, un avantage momentané, la première manche seulement d’une effrayante partie que l’ennemi pouvait encore gagner grâce à la supériorité du nombre.