Et, comme les magasins étaient suffisamment garnis, deux nouveaux cavaliers ennemis vidèrent les arçons.
Les six autres jugèrent le péril trop grand. Ils croyaient leur chef tué. Ils se mirent donc à fuir sans nulle honte.
Mais Magua, qui n’était pas même blessé, s’était dégagé des étriers. Il avait saisi la monture d’un de ses guerriers morts ; et, maintenant, avec une incontestable bravoure, il s’avançait, au pas de sa bête, prodiguant d’héroïques défis à ses adversaires.
— Wagha-na est un lâche qui a perdu les mœurs de sa race. Il est né d’une chienne domestiquée par les blancs pour faire la chasse aux Rouges. Il se cache derrière son cheval et il se fie à sa carabine, parce que le plomb des visages pâles va plus loin que les flèches des fils aînés du Grand Esprit. Mais il n’oserait affronter le tomahawk d’un homme libre.
Wagha-na se tourna une fois encore vers les deux extrémités de la plaine.
D’un côté, il vit Madeleine hors de la portée des traits et déjà recueillie par le petit groupe des Sioux qui avaient suivi Sheen-Buck et O’Connor. De l’autre, il aperçut les Comanches immobiles. Ils avaient arrêté leur course et, accompagnés de Pitch et de Schulmann, rejoints par un plus grand nombre des leurs, ils assistaient de loin à la suprême bravade de leur chef.
Le Pawnie mit le pied à l’étrier et mit Gola face à l’Ours Gris.
— Que faites-vous ? demanda Georges Vernant avec stupeur.
Wagha-na sourit :
— Vous le voyez ; je vais répondre aux provocations de ce brave.