Cela fait, il poussa Gola à la rencontre du chef Comanche et, arrivé à dix pas de lui, leva la main droite, signe de parlementaire, réclamant ainsi l’attention de ses ennemis pris comme auditeurs.

— Moi, Jean Wagha-na, le Bison Noir, commença-t-il, né de votre sang, car le sang des Hommes Rouges est le même pour toutes les tribus qui se font une guerre impie, je déclare que je n’ai jamais fait la guerre à mes frères, que je les ai soutenus, aidés, défendus, de mon bien et de mon bras contre toutes les exigences injustes, que j’ai essayé de les réunir en un seul peuple, que si j’ai repoussé par la force l’agression des Comanches, c’est parce qu’ils ont refusé de m’entendre et qu’ils m’ont attaqué les premiers.

Je déclare au surplus que, même à l’heure présente, je ne cherche point la querelle, que je n’élève aucune prétention et que j’ai simplement repris à des mains criminelles ma fille que l’on voulait me ravir.

— Les mains criminelles, ce sont les mains de Wagha-na le traître, interrompit Magua en grinçant des dents. Tu n’oses point accepter le combat avec l’homme qui vaut mieux que toi.

Gola fit encore un pas en avant, et le Bison Noir, se dressant sur les étriers, apostropha directement son ennemi.

— Chien, lui cria-t-il, je suis prêt à te châtier de ton insolence. Mais quel gage m’offres-tu de ta bonne foi ? Voici le mien. Pour toi, ordonne à ceux qui te suivent de se soumettre à moi si tu es vaincu dans la lutte.

L’Ours Gris eut un sourd grondement de colère au moment où, joignant l’action à la parole, le Pawnie jeta sur le sol une bourse largement garnie de bank-notes. Il y en avait pour cent milles dollars, ainsi que le fit voir Wagha-na.

— Tu m’estimes au-dessous de ma valeur, rugit le Comanche, dont les yeux brillaient de convoitise.

— Combien t’estimes-tu toi-même ? demanda le Pawnie.

L’autre eut un geste d’orgueilleuse jactance et répondit d’une voix éclatante.