— Viens la prendre ! lui cria-t-il.
C’était un défi insultant qui provoqua chez le Comanche un nouvel accès de fureur.
— Oui, — répliqua-t-il, — je vais la prendre.
Les spectateurs de ce drame poignant purent le voir, courbé sur son cheval, lancer celui-ci ventre à terre sur le Pawnie. Le cavalier tenait de la main droite son bowie-knife, tandis que la gauche s’allongeait pour saisir le tomahawk que lui tendait le bras allongé de Wagha-na.
Et il semblait que celui-ci, par une folie de générosité, se livrât lui-même à la merci de son perfide ennemi.
Mais ceux qui jugeaient de la sorte ne connaissaient point la prodigieuse adresse et la redoutable vigueur du Bison Noir. L’homme qui avait soutenu trois ans la lutte contre les Yankees était un héros dans la plus large acception de ce mot glorieux.
Au moment où l’Ours Gris, emporté par la course du mustang, se précipitait sur lui, Wagha-na leva brusquement la hache, et comme le Comanche, obligé de se dresser à son tour pour l’atteindre, levait lui-même son bras gauche, celui du Pawnie, abandonnant le tomahawk, qui retomba sur le sol, se liait comme un lasso de fer à la taille de l’assaillant, l’arrachait à sa propre selle pour le jeter, impuissant et vaincu, sur le cou de Gola.
Il avait fallu pour accomplir ce tour de cirque une force presque surhumaine. Mais cela avait été exécuté avec une telle aisance qu’une longue clameur d’admiration s’éleva des deux côtés de la plaine, aussi bien des bouches ennemies que de celles des compagnons du héros.
Alors, après avoir arraché au vaincu, étourdi par la secousse, son couteau désormais inutile, le Bison Noir s’élança en galopant au-devant des guerriers Comanches frappés de terreur et de respect.
— Vous êtes à moi par les lois du combat, leur cria-t-il. Je ne ferai aucun mal à Magua, je ne prendrai ni sa chevelure ni les vôtres. Que deux d’entre vous aillent vers votre tribu pour raconter la chose aux têtes blanches et leur dire que Wagha-na vous appelle tous à fumer le calumet de paix aux campements du lac Winnipeg.