Interdits, humiliés, mais surpris par cette grandeur d’âme du vainqueur, les guerriers mirent pied à terre et jetèrent leurs armes devant le Pawnie triomphant.

Alors celui-ci desserra l’étreinte de ses doigts qui faisaient un collier de fer à son ennemi, et le posant sans rudesse à terre, lui tint le langage suivant :

— Le Bison Noir n’a pas plus de haine en ce moment qu’il n’en avait tout à l’heure contre son frère Comanche.

L’Ours Gris a combattu en guerrier vaillant. Le sort lui a été contraire. Qu’il reprenne ses armes et qu’il montre son amitié à Wagha-na.

Pour toute réponse, le vaincu s’approcha du héros et prenant son pied droit le baisa avec respect. Puis il dit :

— Aucun homme ne s’est jamais vanté d’avoir vaincu l’Ours Gris. Magua a fait ce qu’il a pu ; il n’a rien à se reprocher.

Et, maintenant, il reconnaît devant ceux de sa tribu et devant le ciel où règne le Grand Esprit que Wagha-na, le Bison Noir, est le plus grand et le meilleur des hommes. Magua prend pour père le Bison Noir.

— A la bonne heure ! s’écria en français le père adoptif de Madeleine. Nous finissons par où nous aurions dû commencer. N’importe ! Que le nom de Dieu soit béni !

Il mit alors pied à terre et fit signe aux siens de se rapprocher.

Joë O’Connor, avant tout autre soin, s’empressa d’aller ramasser dans l’herbe la bourse et les bank-notes qu’y avait jetés le Pawnie, en disant à Sourbin qui paraissait sortir d’un rêve.