— Qu’à cela ne tienne ? s’écria gaiement le Bison Noir. Je veux tout ce que veut ma fille.
Quelques minutes plus tard, Sourbin pénétrait sous la tente et s’avançait vers la convalescente.
Il avait le cœur gros et son émotion éclata lorsque Madeleine, se soulevant sur sa couche, lui tendit sa pauvre main amaigrie, en lui disant avec le plus suave de ses sourires :
— Eh bien, mon cousin Léopold, je ne vous ai pas vu depuis longtemps. Dois-je croire que vous me tenez rigueur pour le maigre remerciement que je vous ai adressé de votre dévouement ? Vous m’avez sauvé la vie, mais j’étais déjà si fort ébranlée, que je n’ai pu rassembler mes idées, ni trouver les mots que j’aurais voulu employer.
Il s’inclina, balbutiant, sur la main qu’il baisa. Les larmes se firent jour sous ses paupières. Il murmura :
— Vous n’aviez pas à me remercier, ma cousine. Ce que j’ai fait, je l’ai fait de grand cœur, vous pouvez le croire, n’eût-ce été que pour réparer ma conduite passée et vous prouver le remords que j’en avais conçu.
Il était impossible d’apporter plus de franchise dans un aveu. Aussi, voyant que Madeleine se laissait gagner, elle aussi, par l’émotion, Wagha-na s’empressa-t-il d’intervenir.
— Allons, Monsieur Sourbin, dit-il, oublions tout cela. Le passé est mort ; il ne renaîtra plus. Vous n’avez désormais que des amis parmi nous, et ces amis ne demandent qu’à vous prouver leur sympathie.
Sa main, noblement ouverte, serra celle du Français. Georges Vernant, présent à cet entretien, scella aussi d’une cordiale étreinte la réconciliation définitive.
Mais Léopold n’était point à moitié converti. Il voulut justifier cette bienveillance.