Il aimait Madeleine, aujourd’hui, d’un amour très pur et très désintéressé.

Et il comprenait bien que la jeune fille, au courant des crimes du passé, au courant de ses propres turpitudes, ne pouvait qu’à grand’peine lui pardonner son abominable conduite.

Une seule pensée maintenant occupait son esprit ; il ne formait plus qu’une ambition, celle de racheter ce passé, de rendre à sa cousine quelque suprême service après lequel il serait impossible à celle-ci de ne lui point pardonner, peut-être même de lui refuser une place dans ses affections.

Et, vraiment, à cette heure, il n’était même plus jaloux de Georges Vernant, dont il confessait l’écrasante supériorité.

Il se réjouit donc comme tout le monde de l’heureuse guérison de la jeune fille, mais, plein du sentiment de son indignité, il n’osa se présenter au chevet de la malade et demander à être reçu par elle.

Ce fut Madeleine elle-même qui remarqua son absence. Elle en parut attristée.

— Où donc est Monsieur Sourbin ? demanda-t-elle. Lui serait-il arrivé un malheur ?

Wagha-na répondit en riant :

— Non, Monsieur Sourbin est fort bien portant. S’il ne s’est point présenté ici, c’est peut-être parce qu’il me garde rancune de lui avoir interdit ta porte pendant toute la durée de ta maladie. J’ai été dur, j’en conviens, mais je devais l’être.

— Et maintenant, mon cher père, demanda doucement la fée, vous n’avez plus de raisons de l’être, j’imagine. Je serais très heureuse de revoir Monsieur Sourbin.