Pendant les premiers jours de la maladie de sa cousine, pris des mêmes terreurs que ses compagnons, il avait voulu, lui aussi s’asseoir à son chevet, veiller auprès de cette couche douloureuse.

Mais, malgré le service éclatant qu’il lui avait rendu, Wagha-na, guidé par une méfiance que le froid accueil de Madeleine avait corroborée, s’était opposé à toute intervention du Français.

Et, comme Léopold, froissé par cette suspicion, laissait voir son mécontentement, le Bison Noir lui avait durement répondu :

— Il est vrai que vous êtes le cousin de Madeleine, mais, moi, je suis son père. Le vôtre a été l’assassin de mon ami Kerlo. Il ne convient pas que la fille de la victime soit gardée par le fils du bourreau, surtout lorsque, en vertu de la loi, il en est le plus proche héritier.

Ces paroles cruelles avaient leur raison d’être. Mais peut-être venaient-elles un peu tard, aujourd’hui que Léopold avait fourni des preuves incontestables de sa bonne foi et de son dévouement.

Il est vrai que Wagha-na s’en tenait au proverbe : « Deux sûretés valent mieux qu’une ».

Ce mépris, bien qu’il lui parût injustifié, avait été d’autant plus sensible à Léopold qu’il se trouvait expliqué par la terrible révélation que l’Indien venait de lui faire.

Il se retira donc à l’écart et s’y abandonna à une très sincère douleur.

Tout lui manquait à la fois : l’espoir d’épouser sa cousine et la confiance passablement présomptueuse qu’il avait eue en lui-même jusqu’alors. Car il était si bien changé par les épreuves des derniers temps qu’à son insu même, il s’était considérablement amélioré.

Il ne songeait plus aujourd’hui à cette fortune qu’il avait si bassement convoitée.