Ce fut dans cette embarcation tout à fait primitive que l’on fit monter Madeleine. Une corde fut attachée à l’avant du bateau, permettant aux cavaliers qui nageraient dans le voisinage de la tirer avec eux.
Wagha-na, Georges Vernant, Joë O’Connor, Sheen-Buck et Chinga-Roa s’attelèrent tour à tour à la nacelle, et cinq des bras furent franchis de la sorte sans difficultés.
Restait le sixième, à la fois le plus large et le plus rapide, que creusait un courant plein de remous dangereux.
Quand on en toucha les bords, le Bison Noir ouvrit l’avis que deux guides ne seraient pas de trop pour escorter le frêle esquif.
Léopold Sourbin, dont le tour n’était pas encore venu, s’offrit avec empressement à être l’un des deux nageurs de circonstance. Georges Vernant prit pour la seconde fois sa place à la droite de la pirogue, tandis que Sourbin la flanquait sur la gauche. Résolument, les deux hommes se jetèrent à l’eau et tirèrent le bateau à travers le courant, après l’avoir attaché aux selles des deux montures.
On avait déjà parcouru les deux tiers du lit de la rivière, quand Sourbin, jetant une exclamation, sortit brusquement de l’eau et, se mettant en selle, poussa sa bête en avant de Madeleine, qu’il couvrit de son corps.
En même temps, son bras allongé désignait l’autre rive à Georges et à Wagha-na, en disant :
— Là ! là ! dans le fourré.
Il n’eut pas le temps d’en dire davantage.
On le vit chanceler sur sa selle, tirer violemment la bride, et tourner si rapidement sur lui-même que Georges effrayé n’eut que le temps de le soutenir pour l’empêcher de tomber dans la rivière.