Une détonation venait d’éclater et au point qu’avait désigné le doigt de Léopold, un nuage de fumée blanche s’enlevait au-dessus d’un buisson de houx, de genêts et de buis sauvage.
Il n’en avait pas fallu davantage pour faire comprendre à Wagha-na ce qui venait de se passer.
Un homme, un ennemi, poussé par une haine aveuglante, avait fait feu sur Madeleine. La jeune fille aurait infailliblement péri, si Léopold Sourbin, avec une admirable générosité, ne s’était jeté devant elle. C’était lui qui avait reçu la balle destinée à sa cousine.
L’assassin, Wagha-na, n’avait pas besoin qu’on le lui désignât autrement. Ce ne pouvait être que l’un des deux Yankees qui depuis le début de cette aventureuse campagne, s’acharnaient à poursuivre l’orpheline de leur inexplicable haine.
Le Bison Noir avait déjà pris terre. Sans prononcer une parole, il lança vivement Gola par-dessus les remblais de neige qui ceignaient le buisson, tandis que Joë et Sheen-Buck aidaient Madeleine à débarquer et tiraient à terre le malheureux Sourbin livide et sanglant.
Georges, lui, suivait déjà l’exemple du chef Pawnie et galopait à côté de lui dans la plaine couverte de neige, bientôt suivi de Chinga-Roa et de vingt cavaliers Sioux.
Un second coup de feu éclata et le jeune Canadien sentit le vent d’une balle rasant sa tempe droite.
Il vit devant lui l’Allemand Gisber Schulmann qui venait de tirer.
— Ah ! rugit le jeune homme, je t’aurai, Deutsch maudit, quand bien même le diable, ton père, viendrait à ton secours.
Dès le début de la poursuite, il fut visible que les bêtes épuisées des deux coquins ne pourraient soutenir une lutte de vitesse avec les deux merveilleux coursiers qui avaient nom Hips et Gola.