En effet, au bout de huit cents pas péniblement franchis, la monture de l’Allemand buta contre un tronc d’arbre enfoui dans la neige et tomba, sur ses genoux, le mufle en avant, les naseaux pleins de sang.

Tout aussitôt le Germain mit pied à terre et brandissant par le canon sa carabine qu’il n’avait pas eu le temps de recharger, attendit de pied ferme son impétueux assaillant. Georges accourait sur lui, la main haute, armé d’un large couteau de chasse à servir un wapiti ou un sanglier.

Mais, en voyant son ennemi désarçonné, il ne voulut point profiter de l’avantage que lui assurait son cheval.

D’un bon rapide, il quitta la selle et s’avança contre Gisber toujours railleur.

— Est-ce toi qui as tiré sur Léopold Sourbin ? demanda-t-il.

— Non, répliqua l’Allemand, mais je regrette de ne l’avoir pas fait. D’ailleurs, ce n’était pas à lui que la balle était destinée.

— C’était la Fée, alors, que vous vouliez tuer ?

— Oui, dit encore crânement le misérable.

Un sourire de mépris glissa sur les lèvres de Georges.

— Tu ne vaux pas l’honneur que je te fais en te tuant, cria-t-il. Mais je n’ai pas le choix des moyens. Défends-toi donc, car j’aurais peut-être dû t’écraser ainsi qu’une bête malfaisante.